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Diagnostic littéraire

 

    

Titre : "xxxxxxxxx"

Ref: R.00235/05/06/04

 

 

Cher Monsieur

       Nous avons lu, en deux lectures différentes et avec attention, votre tapuscrit « xxxxx» et vous communiquons ci-après l'évaluation que nous avons faite.

 

 

Synthèse

                Notre impression est, pour l'essentiel, relative.

L'idée de transposer au XVIe siècle un personnage contemporain, à un complot politique et, ceci, à partir d'un tableau exceptionnel et riche en mystère, est excellente. Cependant, l'idée ne suffit pas à masquer les défauts et les faiblesses de certaines parties du texte.

Le concept de base est bon et érudit. Il peut éclairer le lecteur sur certains aspects de l'ouvre peinte par......, mais le traitement du propos le fait difficilement rêver et s'abstraire, comme vous le suggérez, au présent cartésien.

Les défauts sont multiples ; qu'ils se situent au niveau de la structure du roman, de ses dialogues, ou de la vraisemblance de l'action, leur nombre est important. Ces défauts sont moindres dans sa syntaxe

Le roman n'est pas pour autant irrémédiablement voué à des refus définitifs d'un éditeur traditionnel. Sa lecture attentive laisse

apparaître une base parfaitement exploitable. À condition de tenir compte des points suivants.

 

Un manque de clarté

                                  Nous laisserons de côté la quatrième de couverture. Elle doit être plus attrayante et claire. Par exemple le premier alinéa : « Aux énigmes comme aux billets de banques, faux-monnayeurs, ou lecteurs, préfèrent généralement les vrais. « .....»,(.) , ou « Une image recursive qui encombre à trop vous échapper », rend votre intention d'amblée opaque.

Le titre n'est pas assez explicite. Pourquoi pas : « ......» ?

Le premier chapitre, dont les premières lignes doivent accrocher le lecteur, manque de développement et d'attrait. Si on sait ce que fait le personnage, on ne sait pas qui il est. Il devrait être davantage développé.

 

.../...

 

 1

 

 

 

Son parler, de style trop soutenu : ex p.4 : « L'attirance a ceci d'extraordinaire, c'est qu'elle vous ramène toujours aux emmerdements ; comme cette sempiternelle question par exemple (.), suivi de : p. 5 « À chaque fois le même mal, obsessionnel, reprenait du service. Rien d'étonnant à ça, confronté au quotidien à l'énigme, qui, malgré les nombreuses tentatives plus ou moins fumeuses, paraissait encore avoir de beaux jours devant elle ; m'étant juré toutefois, qu'ils soient comptés (.), ne correspond pas à celui d'un gardien de musée.

Il devrait être davantage développé afin de bien cadrer le personnage dès le début. Le mystère ne réside pas dans sa personnalité, mais bien dans le tableau.

Les invraisemblances ajoutent au manque de clarté. Les exemples sont multiples et rendent les personnages, ainsi que l'ensemble, peu crédible. Ainsi dès le chap. I:

- P. 8 : « Bonsoir Et un exempleSeñorita je suis le Conservateur du Prado, Senor Olivar. » Pas señorita,      mais commissaire.

      - P. 9 : « vêtue chaudement d'une panoplie de flic, tout cuir ». Non, sauf lors des cérémonies officielles, un commissaire n'est pas en uniforme. Encore moins en cuir. Même page : « Tania empoigna son holster, chargé d'un redoutable Parabellum ». Non, aucun flic au monde (sauf peut-être au fin fond de l'Afrique) n'est doté d'un outil pareil. D'un Sig Sauer, un Glock ou d'un S/W, oui.

- P 10, « Il ne lui restait plus qu'à appeler un taxi. » Non : ils ont tous une voiture. Même page : « Buenos dias Commissaire Valestria, vous êtes bien matinale ! ». On croit comprendre, au début du chapitre, qu'il s'agissait du soir (Ce coup de fil nocturne n'avait.) page 8

Dans cet ordre de choses, le chap 2 commence au matin (Sur les avenues, l'absence de circulation, à cette heure matinale)

De manière générale, on ne s'adresse pas directement à un commissaire, sauf s'il est de service à son bureau. Il existe des procédures précises.

En dehors de la partie historique, très érudite, il en existe tant d'autres, qu'au fil du texte ces détails le rendent trop approximatif. Sans tout citer :

-         Guardian, pressé de fuir, met des heures pour se rendre à Sévilla, alors que l'AVE met celle-ci à deux heures à peine de Madrid (471 km).

-          Chapitre 14 (pages 115 et suite. Et chap. 4) Sévilla est sous le commandement de « la Comandancia général de la Guardia Civil » Elle est dirigée par un commandant. Olivares ne peut être général. Pas plus que son adjoint ne peut être un chef de cabinet, titre attaché à un fonctionnaire rattaché à un ministre. Même en Espagne. Les gardes ne sont pas armés de Kalachnikof.

-         Page 131, calle Juderas. Peut-être : calle Juderias ?

-         Page 132. Les personnages ne se sustentent jamais (jamais un flic espagnol ne ferait ça. Surtout à Sévilla). Et les « tapas » ?

 

.../...

 

 2

 

 

-         Vous qualifiez souvent les atteintes portées au tableau de : crime et de vol (page 176 par exemple). Il s'agit en fait d'un délit (grave) de vandalisme.

-         Page 180. « Commissaire Valestria, Police de Madrid et voici le mandat d'arrêt à l'encontre de l'individu qui vous accompagne (.) Police de Madrid est bien trop vague. Il n'est nulle part précisé son service réel. Il n'est nulle part dit qu'il y ait un mandat d'arrêt.

-         Page 185 et 258. « Une domestique entra dans le salon, vêtue d'un vertugadin » Le vertugadin est l'armature sur laquelle est posée une robe.

Pour le langage prêté aux personnages historiques :

-          Page 234 : « Bien fait, ce n'est qu'une vieille pétoire ». Le terme n'apparaît qu'au début du 19e siècle.

-         Page 240. « En effet, comme vous avez pu le constater, les méninges de Velázquez en sont truffées » . Idem :1835

-         Page 240. « Pour ma part, je vais l'attendre dans le grand salon octogonal ; à tout à l'heure peut-être. » Archaïsme. 

-         Page 242. « Oui, Diego a planté ce banian ». Le terme n'apparaît qu'en 1611 (banian : PYRARD DE LAVAL, Disc. des Voy. des Français aux Indes)

Enfin : Page 249, Turner dit : « Eh bien voilà, lors de notre entrevue d'hier, Olivares, enthousiasmé (.) montrer un tableau inédit » . Il n'aurait pas pu comprendre le propos car ce terme n'a apparu qu'en 1729 (MONTESQUIEU, Corresp., t. 1, p. 276 : Voici un barbouillage inédit digne de l'auberge où il est écrit)

En résumé :

Si nous nous étendons sur ce point, c'est qu'il est essentiel dans la conception d'une ouvre de fiction. Il en commande la structure, la continuité, la compréhension du propos et informe le lecteur du contexte précis dans lequel se situe l'action. Ceci est surtout valable pour les intrigues complexes et essentiel pour un roman « policier » érudit.

Vous devriez vous doter d'une documentation adéquate. Elle est indispensable pour camper les personnages, les situations et cadrer l'action.

 

Le style.

La ponctuation : Elle souffre d'une particularité récurrente qui pourrait, à première vue relever du simple détail, mais nuit en fait à la lecture et rend le style soutenu. Quelques exemples uniquement :

-         Page 10. « Traversant au pas de charge le grand hall de l'immeuble, la porte du concierge s'entrouvrit et apparut un nain qui l'interpella ».

-         Page 14.  « Irrités, l'un par l'autre, chacun emprunta sa propre volée d'escalier, qui, par chance, était à double circonvolution; néanmoins devant la grande porte Velázquez, la police reprit corps. D'un geste vif, Tania pressa le bouton du vidéophone. Olivar répondit et déclencha la gâche électrique libérant l'ouvrant »

 

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 3

 

 

 -    Page 52. « Arrêtez votre cirque, je vous ai dit qu'il n'y avait personne ! ». Mais imperturbable, il resta les yeux rivés sur une         autre porte. Dans le doute, Tania ferma sa gueule et le laissa faire ; progressant avec la délicatesse d'une ballerine jusqu'au         battant, qu'il fracassa d'un coup de pied magistral »

      - Page 65. « Les chiens recommencèrent à aboyer, pris de panique, je rebroussai chemin jusqu'au rivage devant la tartane de Rico. Derrière, les faisceaux des torches balayaient déjà le sable. Pris en étau entre ma phobie de l'eau et ces justiciers, le piège allait se refermer sur moi ; la peur gagnerait encore. L'inouï, c'est que ce sentiment d'échec, plutôt que me livrer à l'abandon, m'intima soudain une détermination farouche à m'en sortir ; sans la moindre hésitation, je me jetais à l'eau. »

Il faut s'y reprendre trop souvent à plusieurs reprises pour comprendre. Pour certains lecteurs, la chose peut devenir pesante.

 

 

En résumé :

Dans l'ensemble, il est bon, mais vous devriez tenter de construire des phrases courtes (une trentaine de mots, pas plus), ne pas abuser de la virgule (une respiration dans la phrase) et aller souvent à la ligne.

 

Concernant l'information à donner au lecteur

Elles sont exemplaires dans le récit historique du tableau. Cependant, les transitions sont trop souvent abruptes et le lecteur peut être surpris. Si l'auteur sait où il va, le lecteur sera abasourdi par des apparitions de personnages inattendus, désarçonné.

Vous devriez réfléchir à ce point et trouver une solution plausible, même dans un récit où la base est onirique. Dans la mesure où le lecteur ignore l'aboutissement de l'histoire, il y a des chances pour qu'il s'en lasse.

D'autres informations peuvent être apportées en corrigeant les invraisemblances, mieux dépeindre l'ambiance de Sévilla, les gens, les bars, la Giralda (« La torre de oro », jadis. ). Introduire la notion de Idalgo, absente du texte, mieux situer la mer de « Carthagène », en parlant du Mar Ménor (qui avait grande importance à l'époque de.....)

Là encore la documentation est absolument indispensable.

 

La structure du récit

Il conviendrait peut-être d'améliorer, « d'huiler » certaines successions quelque peu abruptes. Particulièrement entre le dernier chapitre et l'épilogue. Mais la chose semble difficile en l'état, sachant seulement en fin de lecture, qu'il s'agit d'un récit onirique.

 

.../...

 4

 

 

Il faut cependant réfléchir à celle-ci : ce n'est qu'au dernier chapitre que le lecteur sait (ou devine) de quoi il retourne : « Non rassurez-vous, étant allé trop loin dans la méchanceté. Les

personnages romanesques ne meurent jamais, bien au contraire. Ils deviennent des êtres éternels si le roman est bon.

-         Pourquoi me dites-vous tout cela ?

-         Parce que c'est la fin de l'histoire. Adieu Tania. »

Par ailleurs, ce n'est pas suffisamment explicite et développé.

Et l'épilogue, bien trop lapidaire.

La difficulté principale résidera dans le réaménagement de cette structure.

 

 

Les maladresses

Elles découlent des invraisemblances.

Par ailleurs, les dialogues manquent souvent de naturel dans la partie « réelle » et curieusement pas dans l'historique où, de toute évidence vous vous sentez bien plus alaise. Sauf peut-être celui-ci, page 259 : « Eh bien mon ami, m'adresse Mario , est-ce la perte du mystérieux tableau qui vous plombe le moral ? » ;. chagrine ? » serait mieux dit.

Ou encore, page 204 : « Ange ! Me fit sursauter Mario, entrant de (.) qu'il préfère rester au lit. Pour qui se prend-elle cette pétasse ?; « . cette femme de rien », collerait mieux au contexte.

La partie réelle, page 31 : « Naturellement, mais je vous préviens, il n'est pas très photogénique.tenez, jugez-en par vous-mêmes, voici une photo prise lors de sa dernière promotion au grade de gardien chef. »

 

On pourrait dire :

 

- Il y en a une. Mais il n'est pas à son avantage.

Tony saisit la photo, prise lors de la promotion d'Ange au grade de capitaine. Une vilaine brûlure s'étendait sur son front

-         Difficile de passer inaperçu, dit-il l'air réjoui .

Ou bien encore, page 43 : « Non mieux que ça, je vous propose un déjeuner en amoureux, j'habite à deux pas », répond le pépère, laissant apparaître une dentition constellée d'or. « Une belle pouliche comme vous, ce serait dommage d'aller au-devant des ennuis ». Le déclic caractéristique du verrouillage automatique des portières déclencha incontinent la fureur de sa cliente.

« Mate ça espèce de canasson », l'injurie Tania à son tour en lui collant son Parabellum sous le nez. « Vois-tu, j'ai de quoi me défendre. Ouvre immédiatement la bagnole sinon je te fais sauter le caisson ! »

On pourrait dire :

- Mieux que ça ! Un déjeuner en amoureux !

 

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 5

 

 

Tania le regardait, interloquée. L'autre, encouragé par son silence, poursuivit sa relance avec un méchant accent de Vallécas.

-. J'habite à deux tours de pneu d'ici. une belle pouliche comme vous ne doit pas s'aventurer seule dans.

Tania perçut le déclic de verrouillage des portes de la Mercedes que l'autre sournois avait enclenché. Le canon de son Sig s'enfonça soudain dans la bouche du chauffeur. Un rictus tétanisé laissait entrevoir des parcelles de dents aurifiées.

-         Mmmm.

-         Ne me casse pas les cojones, pendéjo. Débloque les portes, ou je te répands partout.

-          

(Vallécas :cartier populaire de Madrid)

 

Bien entendu, ce ne sont que deux exemples. Mais les dialogues sont à peaufiner.

 

 

Les personnages

Les personnages de la partie « réelle » sont à développer. L'action se situant en Espagne, doit correspondre à un parler, une mentalité et un fond correspondant. Par ailleurs, pourquoi faire de Tania une bimbo machiste ? Il s'agit en fait d'un officier travaillant dans un service de police judiciaire. Au grade de commissaire, les fonctionnaires oeuvrant dans les sections de vol d'ouvres d'art (surtout, Interpol), sont des spécialistes possédant parfois des doctorats d'histoire de l'art.

Le personnage de Tania se doit d'être érudit, délicat et légèrement en deçà du monde brutal des autres policiers. Un personnage sensible, non inaccessible au rêve ni à la poésie.

Le choix d'une Tania « pistoléra » contribue à l'invraisemblance de certaines situations et nuit au récit.

 

 

Conclusion

Comme nous vous l'avons dit en début de texte, votre idée de transposer une intrigue historique et artistique dans un contexte contemporain est excellente. Cependant, des maladresses de structure générale nuisent à sa qualité.

Vous semblez à votre aise dans le concept historique et artistique où, en dehors de quelques anomalies, somme toute, sympathiques et compréhensibles, nous n'avons rien trouvé à redire.

Ce n'est pas la même chose dans l'autre partie où la méconnaissance du milieu policier et urbain, ainsi que l'absence de documentation adéquate, nuit à l'ensemble.

Peut-être certains éditeurs ont-ils refusé ce manuscrit parce que les arrangements nécessaires n'ont pas été faits (ils auraient pu les faire après la signature du contrat).

Peut-être aussi que votre roman se balance entre ce qui se fait actuellement - des intrigues inspirées de faits historiques, où les trames peuvent être adaptées à nos jours -,  et l'intrigue développée dans un contexte historique, tel le polar historique à tiroirs.

.../...

 

 6

 

 

Cependant, le choix d'un rêve (éveillé ?) comme trame, où apparaissent abruptement des personnages du passé dans un contexte contemporain, ne peut que semer le doute dans leurs esprits. D'autant plus que le propos n'est pas assez structuré et émaillé de nombreuses faiblesses.

Avec du travail, celles-ci peuvent être remédiés et ne représentent pas de difficulté majeure.

Ce sera autrement compliqué de revoir la structure et le développement de l'action, dans un contexte accepté d'emblée comme plausible.

Dans cette optique, nous vous suggérons vivement, et à titre d'exemple (à moins que vous ne les ayez pas déjà lus) de vous reporter à : « Le club Dumas, ou l'ombre de Richelieu » de Arturo Pérez-Revérte, edt. JC Lattès - 1994 - et « Le cimetière des bateaux sans nom », du même auteur, au Seuil. Et surtout : « Le tableau du maître flamand », du même, aux edt. Du Livre de poche.

Ou peut-être vaudrait-il mieux d'en faire une intrigue policière dans son contexte historique réel. Là aussi, nous vous suggérons de consulter, toujours au Seuil et du même auteur, quelques titres de la série : « Les aventures du capitaine Alatriste » (« L'or du roi » par exemple, traduit de l'espagnol par François Maspero).

Ce ne sont là que des suggestions.

Dans tous les cas, n'abandonnez pas votre projet. L'idée est très bonne. Tentez de remédier à ses faiblesses et représentez-le aux éditeurs. Nous sommes certains que leur réaction sera différente.

 

 




 
 



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