Le Romancier
Pour
accéder à l'édition il ne faut pas écrire en
amateur. L'écriture est un artisanat qui demande
du talent, mais, aussi, un véritable
savoir-faire et la maîtrise de certaines
techniques. La rubrique a pour vocation d'aider
les auteurs à se former et de leur transmettre
les conseils et les "trucs" des professionnels.
Questions: à
quoi obéit un romancier ? Quels sont ses besoins
profonds ? La réponse peut difficilement être
courte car l'auteur obéit à des besoins
profonds, impérieux, qu'il ressent fortement
sans savoir bien souvent quelle est leur source.
Il y a du malvoyant et du doute inconscient dans
chaque écrivain. Et on ne le devient à coup sûr
qu'en obéissant aveuglement à son tempérament, à
sa sensibilité et à ses états d'âme. La
spontanéité de l'acte doit être totale.
Le psychologue
sérieux avance que le romancier a besoin
d'inventer, que sa fonction fabulatrice est
exacerbée et que son égocentrisme surdimensionné
brûle de s'exprimer par les mots.
Le sociologue a
une explication différente et prétend que
l'auteur obéit au besoin d'imiter, d'être aux
normes, totalement disponible de son Époque, du
Groupe et à la tendance qu'a toute société à se
refléter en les ouvres du romancier. C'est à
travers lui que la société se justifie et
s'explique.
Dans cet ordre,
le romancier n'est qu'un copieur égocentrique de
la mode ambiante
Ni le
psychologue ni le sociologue n'ont tort, mais
peut-être éludent t-ils la différence qu'il y a
entre le copieur et le créateur. Et c'est
dommage car dans leur vision, on pourrait mettre
sur le même plateau un Beidbeder et Garcia
Marquez, par exemple.
Il s'agit bien
d'autre chose que d'inventer, mais bien de CRÉER
UN MONDE de toutes pièces. Pas le monde où nous
vivons, mais le monde à MOI. Non pas le monde où
nous vivons tous, mais un monde totalement
personnel. Il s'agit de MA réalité, et qui n'est
pas imaginaire, qui existe en dehors de moi, en
pleine clarté; non pas seulement composée des
personnages des scènes, des aventures, des
tranches de vie ° débitées au hasard des
rencontres, mais un univers, avec ses lois, ses
rapports et ses correspondances, un univers qui
a son ordre, s
Si vous vous
décidez de « rentrer en écriture », soyez
convaincus de pénétrer dans un monde uniquement
fait d'aventure.Enfin, si vous désirez devenir
un créateur authentique.
Mais avant
d'aller plus loin dans la
condition et sa syntaxe à lui. Un univers
fragile d'ailleurs, en équilibre perpétuellement
instable, qui risque à tout instant de se
dissoudre
Un
roman est un monde fragmenté, indéfini,
tumultueux, où la réflexion de l'auteur
s'exprime et se développe sous une lumière
incertaine. Le romancier décrit le monde tel
qu'il l'éprouve, tel que ses personnages le
comprennent. Contrairement au poète, il prépare
l'action, prend des distances avec ses
personnages. Il se dédouble et prend des mesures
pour avancer masqué car il n'est pas question
qu'il puisse se reconnaître dans l'aventure
qu'il va faire entreprendre à ses personnages.a
technique du roman et de parler du dédoublement
du créateur, pensez à mettre en pratique la
règle numéro un du créateur :
identifier
l'intrigue.
Le
roman et le romancier
Regardez les
événements de la vie qui ont lieu autour de
vous. Ca bouge dans un désordre apparent, leurs
conséquences et résultats sont imprévisibles.
C'est pareil pour un roman. Au moins pour celui
qui vous lira. Mais attention ; votre intrigue
ne doit être désordonnée qu'en apparence car
pour créer une intrigue captivante, vous devez
la réfléchir, prendre des distances avec elle et
la définir. La rendre vraie dans les faits, mais
artificielle dans sa construction.
Une ouvre de
fiction est une construction où chaque élément a
une importance par rapport à l'autre, avec des
fondations ses murs de soutènement, ses solives,
toit, enduits et décoration. Dans cette
architecture tout est interdépendant et rendra
un résultat global intéressant et solide.
Pour l'auteur,
cet ensemble correspond à la forme.
La forme
Comme le plan
de l'architecte, la forme de votre récit une
fois imaginé, doit être tracée, composée tel un
graphique ou tableau ou figureraient les
composantes de l'intrigue. D'abord les chapitres
et la description des principaux événements.
Chaque
événement se situant en des lieux et des
endroits déterminés, vous devez vous documenter
sur ceux ci et les détailler, les inscrire, tel
un script de cinéma, en regard des diverses
actions.
La réalité des
détails de lieu, géographiques et matériels sont
importants. Un romancier dont l'action est
parfaitement structurée géographiquement rend
son récit crédible. Un lecteur de Joyce,Goodis
ou Ellroy, par exemple, peut aisément s'y
retrouver en débarquant pour la première fois à
Dublin, New York ou dans les environs de
Sunset strip
à L.A.
Viennent
ensuite, en regard de ce premier ensemble, les
composantes émotionnelles de l'intrigue avec
leur degré d'intérêt et d'intensité jusqu'au
point culminant de la fin.
Un roman
nécessite un travail de préparation parfois
aussi long que son écriture dans la mesure où
vous allez créer un monde de toutes pièces,
original et connu que de vous même, mais
existant dans un environnement bien réel et
reconnaissable par le lecteur. Si vous voulez
créer un monde véritable, c'est à dire complet,
il vous faudra ne négliger aucun des plans de la
réalité totale
|
STRUCTURES SUPERPOSEES DU ROMAN |
|
PRINCIPES |
Le
montreur |
Forces
spirituelles |
|
CAUSES |
Les
ficelles |
Idées
et sentiments (le ou les thèmes) |
|
EFFETS |
Les
marionnettes |
Les
événements liés à l'intrigue |
Les composantes
émotionnelles devront elles mêmes être
détaillées, avec des lignes d'intensité fortes,
descendantes et calmes, pour le faire de nouveau
rebondir autant de fois que la fiction l'exige.
Cependant, il
ne faut pas en faire de trop. Restez
raisonnables et sobres mais ciselez les scènes
fortes. On dit que pour bien écrire, il faut
lire de mauvais romans. C'est vrai, mais pas
uniquement et à propos de sobriété et de style
il n'est pas inutile de vous conseiller la
lecture de
« Chroniques de
l'oiseau à ressort »
de Harui Murakami. Une parfaite illustration de
sobriété maîtrisée.
Tout cet
ensemble est orchestre par votre tempérament,
votre force narrative et votre besoin créatif.
Il est agrémenté par des ambiances, des
atmosphères qui vous sont personnelles et qui
viendront enrichir votre plan.
Quelle forme
de narration
choisir ?
On peut choisir
le mode
actif
ou
narratif
ou les deux en fonction de votre intention.
Une scène par
exemple, sera écrite au
mode actif :
« Ses
quarante grammes d'alliages sophistiqués
pénétrèrent avec un bruit sourd sous le temporal
gauche de l'homme à abattre, l'environnant d'un
aérosol rouge vif. Brisant, détruisant les os et
les attaches du maxillaire inférieur, ils
continuèrent leur course en virevoltant à
travers la campagne, à peine freinés par
l'impact. »
Cela n'implique
pas forcément une action ou déplacement
physique. Le mode actif peut s'appliquer
également à un dialogue accompagné d'action sans
que pour autant celle-ci ne soit active :
« (.) Renaud
esquissa un geste pour lui saisir le bras, mais
le regard égaré et le sourire crispé de son
épouse l'en dissuada.
« C'est quoi,
cet air ? C'est moi qui te fais sourire ? »
Elle le fixait
indifférente à sa question, le regard vide.
Surpris, Renaud s'était levé. La violence
soudaine le surprenait et il se demanda avec
inquiétude ce qui pouvait provoquer cette
étrange attitude. »
Dans ce cas, la
scène est écrite au présent. Au fur et à mesure
du déroulement de l'action.
C'est le
contraire de la
narration
où vous rapportez un événement qui s'est
déroulée après coup :
« Les
quatre randonneurs barcelonais avaient plié
leurs tentes et entamé, à cinq heures du matin,
la dernière étape de leur pèlerinage estival.
Le plus âgé de
l'équipe assurait qu'ils pouvaient être vers
treize heures devant la tombe d'Antonio Machado.
Le poète terrien espagnol, mort en trente-neuf,
avait été enterré à Cotlliure et comme beaucoup
d'autres, ils adoraient son oeuvre. Après et,
comme jadis Braque et Foujita, ils prendraient
l'apéritif à la terrasse du bar de la Marine,
face au château Royal aux alentours de quatorze
heures. S'ils ne traînaient pas. »
Bien entendu,
il n'y a pas une forme plus efficace que
l'autre. Les deux peuvent être appliquées selon
l'objectif que vous voulez atteindre ou qui
convient le mieux à l'intrigue.
On peut
suggérer d'utiliser la technique de l'action
pour décrire des états limites, de grande
tension émotionnelle, lorsque vous souhaitez
mettre en scène des personnages en action dont
le lecteur suivra la progression, ou deux
personnages se disputant supposant ou préparant
un dénouement dramatique dont le lecteur sera
encore une fois le témoin:
« (.) Renaud
hésitait à franchir le seuil de la cuisine. Sa
décision était prise : si elle ne reprenait pas
ses esprits rapidement, il allait appeler leur
médecin. Il tenta une dernière fois d'établir le
contact et tenta de la convaincre d'avoir une
conversation raisonnable.
-
Marie-Jeanne, écoute moi, je t'en prie. Et
arrête donc de jouer avec ce hachoir. Viens
t'asseoir. »
« ....Toujours
collé à mon dos, merde ! Je veux respirer un
peu, être seule un moment. Comment puis-je lui
enfoncer ça dans le crâne pour qu'il comprenne
enfin ? J'ai tort de me mettre dans cet état. Ça
n'avance à rien. J'aurais pas dû commencer,
voilà tout.. Vivre avec lui : et pour quoi faire
hein ? Pour bâtir quoi ? Pour aller où (...)
On pourrait
conseiller de varier les styles en fonction de
l'action (c'est ce qui se fait la plupart du
temps), mais écrire un roman n'est pas créer
votre monde ? Qui peut dès lors vous conseiller
un choix de style plutôt qu'un autre ?
Dans beaucoup de
cas cependant, il est bon d'employer le mode
actif lorsque vous décrivez des événements
importants. Et puis, il est économique. Une
action radicale peut ne prendre qu'une
ou quelques
phrases :
« A présent, rien ni
personne ne l’empêcherait d’agir. Il contourna
le canapé d’un pas ferme et décidé, tira les
rideaux pour que la lumière prenne
enfin possession de son
gîte, ouvrit la fenêtre et se précipita dans le
vide »
Mais comme un
roman est avant tout un canevas aboutissant à
une intrigue, il est intéressant de voir comment
il est « tissé », d'en étudier la chaîne et la
trame. Le meilleur exercice qui soit pour
appréhender et comprendre comment un récit est
réalisé, est de suivre pas à pas la destinée des
personnages d'un roman que nous choisirons puis,
notons au fur et mesure de notre lecture
« objective » la façon, les moments et les lieux
dont ces personnages se rencontrent.
Humberto
Barcena
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